lundi 4 février 2013

Relogement, pas le seul problème des marchands ambulants



Le problème des marchands ambulants fait débat depuis novembre dernier. Si leur relogement soulevait des questions importantes, leurs conditions de travail actuelles sont aussi pointées du doigt.


Les marchands ambulants font partie d'une tradition à Port-Louis. On les trouve vraiment partout. S’ils ne sont pas dans les rues, marchant ici et là pour vendre leurs produits ou installés à même le sol, ils sont dans leur vans, stationnés sur le côté de la route, qui est maintenant l'adresse de leur magasin. Ce métier, il y en a qui le font depuis des lustres, mais être commerçant, ce n'est pas chose facile.

A. travaille comme vendeur depuis trois ans avec son oncle, à partir du van de celui-ci. C'est lui qui se charge d'attirer la clientèle, et crie à tue-tête le nom des produits qu'ils vendent et leur prix incroyable. Mais si on s'intéresse de près à son business et lui pose des questions qui ne concernent pas leurs marchandises, A. devient tout de suite très timide et déclare qu'il n'a pas le temps. On voit tout de suite qu'il ne veut pas s'attirer encore des problèmes.

Stationnés là où ils sont est déjà un problème qui en engendre d'autres. A cet endroit, le stationnement est en effet interdit, et dès qu'ils attirent un peu de clientèle, cela se remarque. Les plus mécontents sont les propriétaires des boutiques qui longent la rue ; ceux-ci portent fréquemment plainte contre eux. Les permis de vente des ambulants sont alors remis en questions. En effet, les marchands ambulants ont beaucoup à faire.

« Nu pena letan lib nu, kan pena client, nu vey lapolis »


A. ne veut pas nous consacrer son temps, car il n'est pas libre. « Nu pena letan lib nu, kan pena client nu vey lapolis ». Les policiers sont partout et patrouillent toute la journée. A chaque fois qu'ils passent, A.  et son oncle referment toutes les portes et décrochent toutes les pancartes. Mais ce sont des visages habitués des policiers, malgré leurs manœuvres ils se font tout de suite repérer.

Les risques de saisie sont alors grands, car si après plusieurs 'warnings' les commerçant sont toujours là, il se font dessaisir de tous leurs produits et même de l'argent de la vente. « Nu fini kozé, lot ku pu revini. c'est pa pu rekozé c'est pu saizi tou » dira le policier qui passe par là pendant notre présence. Mais pourquoi les commerçant se donnent-ils tous ce mal malgré les avertissements des policiers, pour vendre leur produits, et cela à bon marché ?

Le saisie des produits est déjà une grande perte, pourquoi donc vendre ses produits à bon marché ? A cela, A. répond « Nu pa gagne droit cré ambouteillaz, empes dimoune marsé. Kan produit la ser, dimoune rod arété, marsandé, tandi kan li bon marsé, zot gété, asté, pran allé ». C'est une stratégie bien calculée. « Fer perte akoz li bon marsé mais parfois dimoune rod pren trois ou kat akoz sa mem ». Mais pourquoi ne pas aller ailleurs?

« Dimoune kumans kone nu ici »


Ce serait logique, pensez-vous, de bouger et d'aller ailleurs pour ne pas gêner qui que se soit. Les marchands ambulants, eux, ne sont pas de cet avis, car même s'ils essayent de vendre « vitement » leurs produits, ils ont une relation de confiance avec leurs clients. « Dimoune ine kumanse kone nu ici, kan zot linz pa bon, zot vine sanzé, zot koné kot nu été et nu pas perdi client ». Et puis, à quoi bon aller ailleurs : « Après, si nu ale enne lot plas nu pu touzour regagne problem stationman ek permi ankor ». Si seulement ils avaient un endroit où aller. 

Le Lord maire de Port-Louis, Aslam hossenally, affirme lui dans Le Mauricien du mardi 29.01.13 que des mesures sont prises pour un relogement dans « des conditions humaines ». Mais faute de fonds additionnels, les marchands ambulants devront s'installer au Ruisseau du Pouce et sur les deux autres sites aménagés à cet effet. Les formulaires d’ « expression of interest » seront disponibles du 4 au 6 février à la municipalité.

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